La forêt hivernale respirait le silence. La rivière était recouverte de glace et rien ne semblait pouvoir troubler cette quiétude. Soudain, le chasseur aperçut, à l’emplacement d’une polynie, une tache sombre à la surface. En s’approchant, il comprit qu’un loup y était prisonnier. Épuisé, affaibli, l’animal s’agrippait au bord de la glace, tentant de se hisser, mais ses forces l’abandonnaient.
Sans hésiter, le chasseur se précipita à son secours. Il savait combien un tel prédateur pouvait être dangereux, surtout en proie à la peur et à la douleur, mais quelque chose dans son regard, dans cette lutte pour la vie, l’empêcha de détourner le regard. Après de grandes difficultés, il extirpa le loup de l’eau glacée, l’enveloppa dans sa veste et le ramena chez lui.

Le chasseur baptisa le loup « Gris ». Grâce aux soins du chasseur et de son fils, l’animal se rétablit peu à peu, sans jamais devenir apprivoisé. Dans son regard brillait toujours cette liberté sauvage, et pourtant il ne quittait pas la maison.
Bientôt, les rumeurs se répandirent dans la région. Les gens ne faisaient pas confiance au loup : ils y voyaient une menace. Le chasseur comprenait qu’il était dangereux de garder auprès de lui un animal sauvage, mais le relâcher dans la forêt, où régnaient ses propres lois, lui paraissait encore pire.
Il ne savait pas encore que ce même animal, un jour, lui rendrait la pareille et le sauverait.
Un soir tard en plein hiver, le chasseur partit dans les bois pour vérifier ses vieilles pièges. Il ne revint ni au dîner, ni pour la nuit. Son fils s’inquiéta, mais savait que son père passait parfois la nuit sous la voûte des arbres.

Ce n’est que le lendemain matin, lorsque le loup se mit à hurler devant la porte, d’un cri aigu et angoissé, que le fils comprit que quelque chose était arrivé à son père.
Pendant ce temps, au cœur de la forêt, le chasseur gisait dans la neige, pris au piège par un lacet qui s’était refermé sur sa jambe. Il appelait, mais personne ne répondait. À chaque heure son espoir diminuait.
Puis brusquement — des craquements de branches, un bruissement. Une ombre grise apparut. Le loup.
Gris ne se précipita pas vers le chasseur : il s’arrêta à une courte distance, l’observant intensément. Puis il disparut, rapidement et sans bruit.
Le chasseur perdait conscience quand des voix retentirent : son fils ! Plusieurs hommes du village accouraient à son secours — guidés par le loup.

— C’est… c’est lui qui vous a conduits ? murmura le chasseur.
Gris se tenait près des hommes. Il regarda longuement et calmement le chasseur, puis, comme ayant accompli son devoir, se tourna et s’enfonça dans la forêt.
Depuis ce jour, on ne le revit jamais. Mais le chasseur sut que la dette était réglée.
