Une pluie battante s’abattit sur la ville. L’eau ruisselait des étals couverts et les rares acheteurs se hâtaient de s’abriter sous leurs parapluies. Une vieille femme nommée Marie vendait comme d’habitude des pommes, des poires et des prunes au marché. Elle y était chaque jour, par tous les temps, et connaissait depuis longtemps tous les clients réguliers.
Mais ce jour-là, son attention fut attirée par quelqu’un qu’elle n’avait jamais vu.
De l’autre côté de la place, en plein déluge, se tenait une petite fille — pas plus de sept ans. Elle n’avait pas de parapluie, ses cheveux ruisselaient et sa vieille robe collait à sa peau. Dans ses bras, elle serrait contre elle un chaton gris qui tremblait.
Marie sortit aussitôt de sous l’abri et, la tête protégée par son foulard, se précipita vers l’enfant.
— Petite, que fais-tu donc sous la pluie ? Tu es toute seule ? demanda-t-elle.

La fillette leva vers elle des yeux apeurés.
— Mon chat… il a eu peur. Je ne savais pas où aller… murmura-t-elle.
Marie la prit doucement par l’épaule et l’amena sous l’abri.
— Où sont tes parents ? demanda-t-elle doucement en l’enveloppant dans son manteau.
Après ce que l’enfant raconta, Marie pâlit, son cœur s’emballa. Elle faillit s’évanouir.
La mère de la fillette était morte un an plus tôt. Quant au père… il avait commencé à boire, à ramener des « amis » à la maison, et disputes et cris étaient devenus quotidiens.

Quelques jours plus tôt, il était parti — « en déplacement », avait-il dit. Mais il n’était pas revenu. Et la nuit précédente, un inconnu s’était introduit dans leur appartement.
La fillette s’était cachée dans une armoire et avait entendu l’homme fouiller les pièces. Quand il était parti, elle avait pris son chaton et s’était enfuie. Depuis, elle errait dans les rues.
— J’avais trop peur de retourner là-bas, dit-elle en baissant les yeux. C’est sombre, et personne ne viendra.
— Seigneur miséricordieux…, murmura Marie.
Plus tard, au chaud, chez Marie, autour d’une tasse de thé, elle réussit à joindre la police. La fillette était déjà recherchée : les voisins avaient signalé des bruits suspects et la disparition de l’enfant.

En effet, quelqu’un s’était introduit dans l’appartement — probablement un des « amis » du père venu se servir.
L’enfant fut placée provisoirement dans un foyer, mais Marie commença à demander la tutelle. Elle avait l’impression que ce jour de pluie, le destin lui avait mise cette fillette sur le chemin.
